Du bon usage des capitales et majuscules

Note : 
Pas encore de vote

Introduction

De plus en plus j’observe avec désolation la multiplication des abus d’usage dans les documents des capitales et des majuscules. En effet, que ça soit des CV, des lettres, des rapports ou encore des présentations, le « syndrome capitale » que j’aime appeler est très souvent présent.

J’ai donc décidé de rédiger cet article pour mettre les points sur les i sur l’usage des caractères hauts en français. Comme je l’ai mentionné sur mon dernier billet sur la typographie des nombres et unités, je présenterai ici les règles d’usage en langue française bien que certaines d’entre elles s’appliquent à d’autres langues.

Définitions

Commençons déjà par définir les différents termes sur la casse des caractères d’écriture (ces définitions sont issues de la 9e édition du dictionnaire de l’Académie française).

  • CASSE — Boîte plate composée de deux parties divisées en casiers ou cassetins, où sont rangés les caractères d'imprimerie servant à la composition. Haut de casse, la partie supérieure de la casse, contenant les lettres capitales, les lettres accentuées et les signes de ponctuation. Bas de casse, la partie inférieure de la casse, celle qui est plus à portée de l'ouvrier et qui contient les minuscules.
  • CAPITALE — Grande lettre qu'on utilise pour les inscriptions lapidaires, au commencement des phrases, des noms propres, des noms d'institutions, des titres d'ouvrages, etc.
  • MAJUSCULE — Ne s'emploie que dans Lettre majuscule, caractère majuscule, lettre de l'écriture manuscrite, ou caractère d'imprimerie, qui est de plus grande taille que les lettres ou caractères ordinaires et d'un dessin différent, et se place à l'initiale d'un mot.
  • PETITE CAPITALE — Qui tient le milieu entre la majuscule et le bas de casse ou minuscule. (NDLA : l’œil de la petite capitale est différent de celui de la capitale pour les polices d’écriture dignes de ce nom.)
  • ŒIL — Dans la composition au plomb, partie de la lettre qui est en relief et qui laisse son empreinte au tirage.

Quelle nuance entre capitale et majuscule ?

Il est probable que beaucoup de monde confondent les deux termes qui ont pourtant une signification bien différente.
La capitale est simplement un caractère typographique correspondant à un œil différent de la lettre correspondante en bas-de-casse (ce que nous appelons communément « minuscule »). Par exemple le « É » correspond à la capitale de « é ».
La majuscule correspond à une règle d’orthotypographie disant que tel ou tel mot doit être écrit avec certaines lettres capitale (généralement la première du mot).
Prenons un exemple concret avec cette phrase :

L’État d’urgence est une EXCEPTION à l’État de droit contrairement à ce que dit le Premier ministre, Manuel Valls.

Ici :

  • la première lettre de la phrase est en majuscule ;
  • le mot « État » est en majuscule aussi, car correspondant à nom commun à sens politique ;
  • le mot « EXCEPTION » est en capitale car ne correspond pas à une règle d’orthotypographie. L’utilisation des capitales trouve ici son origine dans la volonté de l’auteur (i.e. moi dans le cas présent) d’appuyer son sens et faire ressortir le mot du reste de la phrase ;
  • le terme « Premier ministre » prend une majuscule selon la règle de typographie française sur l’écriture des noms des postes officiels d’un gouvernement ;
  • conformément à l’écriture des noms de famille en français, « Valls » est écrit en petite capitale.

Quand mettre des capitales ?

La plupart du temps, ce n’est pas un abus d’usage de la majuscule (au contraire même) mais plus un abus de l’usage des capitales. En effet, tout le monde connaît plus ou moins l’utilisation des caractères majuscules au début d’une phrase, des noms propres ou des sigles. Par contre l’abus des capitales est bien présent et tend à minimiser le sens et la force de ce choix typographique. Cette manie peut aussi gêner la lecture d’un texte comportant trop de mots ou lettres en capitales (surtout que très souvent les gens n’écrivent pas les accents sur ces caractères…).

Je ne vais pas détailler tous les cas où les capitales sont utilisées (ou non), la liste serait trop longue. Je vais seulement présenter ici quelques règles assez classiques mais qui sont encore trop peu respectées. Si vous souhaitez trouver une liste exhaustive, je vous invite à aller lire la page Wikipédia correspondante aux usages des majuscules en français.

Les sigles et les acronymes

Pour commencer, donnons les définitions du CNRTL de ces deux termes, car ils sont bien différents.
SIGLE — Suite de lettres initiales constituant l’abréviation de plusieurs termes formant une unité de dénomination fréquemment employée.
ACRONYME — Groupe d’initiales abréviatives plus ou moins lexicalisé. On les prononce comme s’il s’agissait d’un nouveau mot.

Par exemple, ADSL est un sigle mais ARCEP est un acronyme. Un petit cas particulier (il y en a sûrement d’autres de ce type), laser, “light amplification by stimulated emission of radiation”, est un acronyme bien qu’il s’écrive en bas-de-casse. Celui-ci est rentré dans le langage courant avec le temps.

Bien sûr, tout le monde est plutôt d’accord pour dire que ces suites de lettres s’écrivent en capitale (à part laser comme je viens de le mentionner plus haut). C’est lorsqu’un de ces sigles doit être écrit en entier que le bât blesse. Je vois trop souvent le nom détaillé avec des majuscules alors qu’elles ne doivent pas l’être sauf dans des cas bien précis.
En effet, les capitales utilisées sur les sigles sont liées au fait qu’un sigle soit une abréviation. Sans cela, les noms communs et les adjectifs restent des noms communs et des adjectifs, ils ne prennent donc pas de capitales. Par exemple : la SNCF devient simplement la « Société nationale des chemins de fer français » et le CNRTL devient le « Centre national de ressources textuelles et lexicales ». Il n’y a aucune raison de donner une capitale à chaque mot.
Pour certains sigles développés, la capitale reste présente, mais est dans ce cas elle est liée au mot en question. Par exemple, l’ONU s’écrit l’« Organisation des Nations unies ». Une Nation prend naturellement une majuscule.

Concrètement dans un texte, il est conseillé de mentionner le sigle complet lorsqu’il apparaît pour la première fois dans votre texte en précisant après l’abréviation. Une fois fait, vous pouvez utiliser le sigle à votre convenance sans avoir à repréciser ce qu’il signifie. Par exemple (la seconde partie du texte est directement inspirée du site du CNRTL) :

Lors de la rédaction de mes articles, j’utilise souvent le site Internet du Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) pour rechercher des définitions officielles. Le CNRTL fût créé en 2005 par le CNRS afin de fédérer au sein d’un portail unique, un ensemble de ressources linguistiques informatisées et d’outils de traitement de la langue.

Dans les listes

Sur les logiciels de la suite Office de Microsoft, une chose pénible que je constate est le remplacement automatique des lettres en début de liste par des majuscules. Mais NON (notez ici l’usage de capitales pour souligner mon énervement ^^), une liste est une continuité d’une même phrase. Chaque ligne doit commencer par une lettre en bas-de-casse et se terminer par un point virgule comme vous pouvez le voir sur celle ci-dessous. Dans le cas où une liste est présente dans une autre, les lignes du niveau 2 se terminent par une virgule simple exceptée la dernière du fait qu’elle clôt la ligne de la liste en amont.
Exemple :

Je dois acheter :

  • des patates ;
  • des légumes dont :
    • des haricots verts,
    • des petits pois,
    • et des poireaux ;
  • et enfin des fruits.

Par contre, pour une liste numérotée, la majuscule est de mise, mais on conserve les point virgule à la fin de chaque point.

To do list pour un futur libriste :

  1. Quitter Facebook ;
  2. Quitter Google ;
  3. Quitter Windows ;
  4. Soutenir La Quadrature, l’April et Framasoft. =)

Les jours et les mois

Je dois avouer que j’ai un peu de mal à détailler ce point tellement ça me paraît évident… Les jours de la semaine et les moins sont des noms communs. Pourquoi voulez-vous leur donner des majuscules ?
Certes, les Anglais les écrivent en majuscules mais bon… les Anglais et la typographie ça fait deux. =)

Les langues et noms de pays

J’ai écrit « un Anglais » avec une majuscule ? Sacrilège, abus ! Et non. :-)
En effet, il faut bien faire la distinction entre la langue et la personne qui parle cette même langue. En France, un Français parle le français. Cela s’applique bien entendu aux autres langues et autres pays.

Les nombres romains

Les nombres romains sont assez souvent utilisés en français, par exemple pour écrire les siècles, les numéros d’ordre ou encore la numérotation de certaines pages de rapports ou d’ouvrages (sommaire, introduction, préface, etc.).
Il est donc possible de rencontrer les trois graphies :

  • en bas-de-casse pour la numérotation des pages : i, ii, iii, iv, v, etc. ;
  • en petites capitales pour la notation des siècles : xixe siècle, xxie siècle, etc. ;
  • en capitale pour les ordres : François Ier, IVe République, etc.

En conclusion

Comme vous l’avez vu, l’abus de capitale est néfaste à la lecture d’un texte, il suffit de lire les conditions générales d’utilisations (CGU) des sites Web pour s’en rendre compte (quand déjà on prend la peine de regarder le texte). Il y a pourtant quelques règles simples sur l’usage des capitales en français. Les gens pensent peut-être qu’en mettre à toutes les sauces rend leur texte plus « important » ou plus « construit » mais cela a l’effet inverse. Pensez à la personne qui va vous lire, surtout quand il s’agit d’un CV (qui s’écrit curriculum vitæ sans majuscule au passage) et dites-vous que plus le texte sera clair et cohérent, plus celui-ci sera agréable à lire. Un texte avec des capitales tous les deux mots quand ce n’est pas justifié est juste insupportable à lire… ou sinon c’est une publicité qui utilise très souvent cette graphie pour marquer votre mémoire et vous faire retenir le message plus facilement.

Aussi, lors de discussions sur l’Internet, abuser de capitales tend à décrédibiliser la parole et faire perdre l’impact de l’intonation sous-entendue par ces casses. De la même façon que le point d’exclamation est considéré comme un appauvrissement du langage, son utilisation a outrance montre plus un manque d’argumentaire lors d’un débat qui est alors compensé par des capitales.

Pour résumer mon message en quelques mots : restez simple et la plupart du temps vous aurez juste. La langue française n’est pas aussi compliquée qu’on veut bien le penser, elle reste tout de même assez intuitive et logique.

Catégorie: 

Ajouter un commentaire

S'abonner à Comments for "Du bon usage des capitales et majuscules"